
Alors que la Chambre de Commerce et d’Industrie algéro-allemande (AHK Algérie) multiplie les initiatives pour développer les investissements allemands, le renforcement des relations économiques entre Alger et Berlin est suivi avec attention en France, où les entreprises craignent de perdre du terrain sur un marché historiquement stratégique.
L’Algérie poursuit son rapprochement économique avec l’Allemagne, une évolution qui ne passe pas inaperçue en France. Selon plusieurs médias français et algériens, Berlin renforce progressivement sa présence dans des secteurs stratégiques tels que l’énergie, l’industrie automobile et les technologies numériques, au moment où les relations franco-algériennes restent fragilisées par plusieurs différends politiques et diplomatiques.
Au cœur de cette dynamique figure la Chambre de Commerce et d’Industrie algéro-allemande (AHK Algérie), qui accompagne activement les entreprises allemandes souhaitant investir sur le marché algérien. L’organisation a récemment annoncé l’arrivée, entre le 28 juin et le 3 juillet, d’une délégation composée de six entreprises allemandes spécialisées dans la construction automobile et la sous-traitance. Cette mission, soutenue par le ministère allemand de l’Économie, vise à identifier de nouvelles opportunités industrielles en Algérie.
Le rapprochement entre Alger et Berlin s’est accéléré ces dernières années avec la signature de plusieurs accords dans les domaines de l’énergie, de l’industrie et du numérique. Parmi les projets les plus emblématiques figure le développement du corridor énergétique «South H2», destiné à acheminer à terme de l’hydrogène vert produit en Afrique du Nord vers l’Europe. L’Allemagne apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux partenaires de ce projet stratégique.
Les deux pays ont également conclu récemment deux nouveaux accords de coopération. Le premier, financé par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement, porte sur la modernisation et la numérisation du réseau électrique algérien. Le second, signé entre Sonatrach et le groupe allemand VNG AG, vise à développer des projets liés à l’hydrogène vert tout en réduisant les émissions de méthane dans le secteur énergétique.
Cette montée en puissance de l’Allemagne intervient alors que les entreprises françaises peinent à retrouver leur position historique en Algérie. Le secteur automobile illustre particulièrement cette évolution. L’usine Renault d’Oued Tlelat, près d’Oran, est à l’arrêt depuis plusieurs années, tandis que le constructeur italien Fiat est devenu le premier grand fabricant international à produire de nouveau des véhicules sur le territoire algérien. L’arrivée annoncée d’industriels allemands pourrait encore renforcer la concurrence européenne sur ce marché.
Malgré les tensions politiques, Paris et Alger ont engagé depuis plusieurs semaines un processus de normalisation de leurs relations. Les échanges ministériels ont repris et les deux gouvernements affichent leur volonté de relancer leur coopération, notamment sur les questions économiques et sécuritaires. Les milieux d’affaires français espèrent que cette détente diplomatique permettra également de redynamiser les investissements entre les deux rives de la Méditerranée.
Pour l’Allemagne, l’Algérie représente un partenaire de plus en plus stratégique. Le pays dispose d’importantes ressources gazières, d’un potentiel élevé dans les énergies renouvelables et d’une position géographique privilégiée pour alimenter le marché européen en énergie décarbonée. Berlin cherche également à développer des coopérations industrielles afin d’accompagner la diversification de l’économie algérienne.
L’action de la CCI algéro-allemande illustre ainsi le rôle grandissant des Chambres de Commerce dans la diplomatie économique. En facilitant les missions d’affaires, les partenariats industriels et les investissements, elle contribue à renforcer la présence économique allemande en Algérie, dans un contexte où les équilibres entre les principaux partenaires européens du pays sont en pleine recomposition.


























