À l’issue du récent accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis, l’économie française se trouve au cœur d’un positionnement délicat. Si l’accord paraît éviter une escalade, plusieurs secteurs industriels risquent de souffrir, déclenchant une mobilisation politique et institutionnelle pour défendre les filières les plus vulnérables.

L’accord conclu en juillet 2025 instaure des droits de douane américains de 15% sur la plupart des produits européens, avec des exceptions notables comme l’aéronautique. L’UE s’est engagée à investir environ 552 milliards d’euros aux États‑Unis, ainsi que sur des achats énergétiques américains — gaz ou pétrole — prévus à hauteur de 700 milliards € sur trois ans.

Malgré ces mesures d’ouverture, l’accord cristallise des inquiétudes en France, où certaines critiques dénoncent une adoption trop complaisante de la logique commerciale américaine, notamment en légitimant une vision dualiste du commerce basée sur des rapports de «gagnants-perdants».

En mai 2025, les droits appliqués aux exportations françaises vers les États‑Unis ont atteint 6,1% en moyenne, contre seulement 1% en mars . Cette escalade tarifaire génère un niveau de recettes fiscales estimé à 276 millions d’euros pour la France, soit près de 3,7 milliards € à l’échelle européenne.

Les exportateurs français les plus à risque appartiennent aux industries suivantes : vins et spiritueux, maroquinerie, cosmétique, chimie de spécialité, aéronautique, industrie pharmaceutique, machines et équipements industriels.

Outre ces piliers de l’export, près de 2 000 entreprises françaises comptent plus de 10% de leur chiffre d’affaires aux États‑Unis, une dépendance qui les rend particulièrement vulnérables aux fluctuations des tarifs.

Le taux de marge moyen à l’export des entreprises françaises est de 35,5%, supérieur à la moyenne nationale (27,9%), ce qui leur offre une meilleure capacité à absorber les chocs tarifaires. Cependant, cette résistance est hétérogène : les fabricants de cuir ou de boissons peuvent amortir les coûts, tandis que les secteurs de la métallurgie ou des machines — aux marges plus serrées — pourraient être contraints d’augmenter leurs prix, au risque de perdre en compétitivité.

Trois jours après l’annonce de l’accord, le ministre de l’Économie, Éric Lombard, a réuni les acteurs économiques à Bercy, entouré de sept ministres notamment en charge de l’Industrie, du Numérique, de l’Agriculture et du Commerce extérieur. Étaient présents le Medef, la CPME, l’U2P, ainsi que les fédérations des secteurs les plus concernés (industrie, banque, commerce, distribution, assurance).

Le patron du Medef, Patrick Martin, a insisté sur l’asymétrie flagrante du rapport de force avec les États‑Unis. Quant à Éric Lombard, il a affirmé avoir «évité que des secteurs comme l’aéronautique soient affectés», et a souligné que l’essentiel des échanges commerciaux français reste intra‑européen. Ces derniers mois, les stratégies de diversification des partenaires commerciaux sont plus que jamais évoquées.

L’accord entre l’UE et les États‑Unis esquisse une trêve commerciale bienvenue, mais soulève des questions de souveraineté économique : la France, particulièrement dépendante de certaines filières exportatrices, doit renforcer sa résilience. Soutien ciblé aux secteurs vulnérables, diversification des débouchés et vigilance diplomatique seront déterminants pour préserver l’équilibre économique national.

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