
La Chambre de Commerce du Canada et la Chambre de Commerce de l’Ontario appellent à la prudence après la décision d’Ottawa de répondre aux nouveaux droits de douane américains par des mesures de rétorsion. Alors que Washington menace d’aller encore plus loin, les organisations économiques des deux côtés de la frontière redoutent les conséquences d’une escalade au détriment des entreprises, des investissements et des chaînes d’approvisionnement nord-américaines.
Le conflit commercial entre le Canada et les États-Unis vient de franchir un nouveau seuil. Après l’entrée en vigueur, le 22 août, de droits de douane américains pouvant atteindre 50% sur 27,6 milliards de dollars canadiens, soit environ 17 milliards d’euros, de marchandises canadiennes, Ottawa a annoncé une riposte équivalente. À compter du 8 septembre, le Canada appliquera à son tour des droits de douane de 15%, 25% ou 50% sur des produits américains, selon les taux imposés par Washington.
La Chambre de Commerce du Canada, qui représente les intérêts des entreprises du pays, s’est montrée particulièrement préoccupée par cette nouvelle phase du bras de fer. Son Président-directeur général, Candace Laing, a rappelé que les droits de douane finissent par être supportés par les entreprises et les ménages. L’organisation estime néanmoins que, si le Canada doit riposter, cette réponse doit être ciblée, stratégique et élaborée en concertation avec le secteur privé afin de ne pas fragiliser davantage l’économie canadienne.
En Ontario, province particulièrement exposée en raison de son poids dans l’industrie automobile et manufacturière, la Chambre de Commerce de l’Ontario avait déjà dénoncé une escalade «inutile et dangereuse». Son Président et directeur général, Daniel Tisch, avait alerté sur les conséquences des droits de douane pour les coûts de production, les chaînes d’approvisionnement, les décisions d’investissement et l’emploi, appelant les deux gouvernements à privilégier une solution négociée et durable.
La réponse canadienne cible notamment des secteurs sensibles comme l’acier, les produits laitiers, les appareils électroménagers, les équipements agricoles, le papier et l’électronique. Ottawa accompagne ces contre-mesures d’un nouveau programme de soutien de 7,5 milliards de dollars canadiens, soit environ 4,6 milliards d’euros, destiné aux travailleurs et aux entreprises affectés par le conflit. Le gouvernement fédéral estime que cette aide est nécessaire pour absorber les conséquences de l’incertitude commerciale et maintenir la compétitivité des entreprises canadiennes.
La tension est également particulièrement forte dans le secteur automobile. Le Président américain Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane de 50% sur les automobiles, les camions et certaines pièces canadiennes. Or, l’industrie automobile nord-américaine repose sur des chaînes de production profondément intégrées, avec des composants qui traversent parfois plusieurs fois la frontière avant l’assemblage final. Une hausse durable des barrières tarifaires pourrait donc renchérir les coûts pour les constructeurs comme pour les consommateurs.
Face à cette situation, la Chambre de Commerce des États-Unis plaide elle aussi pour une désescalade. L’organisation a appelé Washington et Ottawa à poursuivre un dialogue constructif afin d’éviter de nouvelles mesures tarifaires, avertissant que leur multiplication risquerait d’augmenter les coûts pour les familles américaines et de perturber des chaînes d’approvisionnement essentielles. Elle souligne également que les échanges entre les deux pays soutiennent des millions d’emplois aux États-Unis dans le cadre de l’accord commercial nord-américain.
La crise dépasse désormais la seule question des produits visés par les droits de douane. L’échec des négociations commerciales a renforcé les interrogations sur l’avenir de la relation économique entre deux partenaires pourtant parmi les plus étroitement intégrés au monde. Le Canada affirme vouloir défendre ses secteurs stratégiques et sa souveraineté économique, tandis que Washington maintient une ligne de pression qui pourrait encore se durcir en l’absence de nouvel accord.
Pour les Chambres de Commerce, l’enjeu est désormais d’éviter qu’une riposte nécessaire à court terme ne se transforme en guerre commerciale durable. La Chambre de Commerce du Canada, la Chambre de Commerce de l’Ontario et la Chambre de Commerce des États-Unis convergent sur un point : malgré leurs positions respectives, une escalade prolongée ferait peser un coût élevé sur les entreprises des deux pays. Dans l’une des relations commerciales les plus importantes au monde, le retour à une négociation apparaît donc comme la seule issue susceptible de restaurer la visibilité dont les investisseurs et les entreprises ont besoin.





















