Alors que la France et l’Allemagne réclament de nouveaux instruments commerciaux pour protéger l’industrie européenne face aux déséquilibres mondiaux, la Chine les appelle à préserver le libre-échange. Ce désaccord illustre les tensions croissantes entre Pékin et Bruxelles, mais aussi les enjeux économiques auxquels sont confrontées les entreprises des deux blocs.

Le 6 octobre 2026, le ministère chinois du Commerce a appelé la France et l’Allemagne à ne pas encourager l’Union européenne à recourir systématiquement à des mesures protectionnistes. Pékin a plaidé pour le maintien d’une coopération ouverte, le respect des règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et la poursuite des échanges internationaux. Selon les autorités chinoises, le protectionnisme ne permet pas de renforcer durablement la compétitivité, tandis que la rupture des chaînes d’approvisionnement risque de pénaliser l’ensemble des partenaires commerciaux.

Cette déclaration intervient après une initiative franco-allemande visant à renforcer les moyens de défense commerciale de l’Union européenne. Dans une lettre adressée à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz ont proposé de nouveaux instruments permettant de réagir plus rapidement aux distorsions de marché et aux pressions économiques exercées par des pays tiers. Leur proposition prévoit notamment la possibilité de restreindre l’accès au marché européen dans certaines circonstances, ainsi qu’un dispositif destiné à réduire les dépendances stratégiques de l’Union. Si la Chine n’est pas explicitement désignée dans la lettre, elle apparaît comme l’un des principaux enjeux du débat.

Pour Paris et Berlin, il s’agit de mieux répondre aux effets des subventions publiques, aux surcapacités industrielles et aux difficultés rencontrées par les entreprises européennes pour rivaliser avec certains concurrents étrangers. Les deux gouvernements souhaitent également accélérer les enquêtes antidumping et antisubventions et mieux anticiper les éventuelles représailles commerciales. L’objectif affiché est de rétablir des conditions de concurrence jugées plus équilibrées, dans des secteurs stratégiques comme l’automobile, la chimie, la pharmacie, les équipements industriels et l’aéronautique.

Pékin défend une lecture différente de la situation. Les autorités chinoises estiment que les questions commerciales ne doivent pas être systématiquement abordées sous l’angle de la sécurité nationale. Elles mettent en avant l’interdépendance des économies et les bénéfices d’une coopération internationale encadrée par les règles de l’OMC. Cette position est également relayée par la Chambre de Commerce de Chine auprès de l’Union européenne, qui a exprimé ses réserves à l’égard des propositions franco-allemandes dans leur forme actuelle et appelé à privilégier le dialogue et la concertation. Pour les entreprises, cette opposition fait peser un risque supplémentaire d’incertitude sur les conditions d’accès aux marchés.

Les enjeux économiques sont considérables. Les échanges de biens entre la Chine et l’Union européenne ont dépassé 828 milliards de dollars en 2025, selon les chiffres cités par Asia News Network. Une relation commerciale de cette ampleur soutient de nombreuses chaînes de valeur, mais elle s’accompagne de déséquilibres que les Européens cherchent à corriger. Les tensions portent notamment sur l’accès au marché chinois, les subventions industrielles, les véhicules électriques et les restrictions à l’exportation de certains produits stratégiques. De nouvelles barrières pourraient donc affecter les coûts de production, les investissements et les stratégies d’approvisionnement des entreprises européennes comme chinoises.

Le dialogue reste néanmoins ouvert. Du 8 au 9 octobre, des responsables chinois et européens se sont réunis à Pékin dans le cadre du mécanisme de consultation sur le commerce et l’investissement. Les discussions ont porté notamment sur les véhicules hybrides et électriques, les dispositifs médicaux, les cosmétiques, les produits pharmaceutiques et les produits agroalimentaires. Le 12 octobre, le ministère chinois du Commerce a indiqué qu’un consensus avait été trouvé sur les échanges de véhicules hybrides et électriques, afin d’éviter une nouvelle escalade des tensions. Les deux parties ont également réaffirmé leur volonté de traiter leurs différends dans le cadre des règles de l’OMC.

Pour les entreprises françaises, l’évolution de cette relation commerciale constitue un enjeu direct, qu’elles exportent vers la Chine, y produisent ou dépendent de fournisseurs asiatiques. Les Chambres de Commerce et d’Industrie et les réseaux d’accompagnement à l’international peuvent contribuer à identifier les risques réglementaires, à diversifier les débouchés et à sécuriser les partenariats. L’enjeu pour l’Europe sera de défendre ses intérêts industriels sans provoquer une spirale de représailles qui pénaliserait ses propres entreprises. Entre protection des filières stratégiques et maintien de l’accès aux marchés mondiaux, l’équilibre commercial avec la Chine s’impose ainsi comme un dossier majeur pour la compétitivité européenne.

Article précédentCAWL s’associe à PrestaShop pour accompagner le développement du commerce en ligne