
Le Canada et le Mexique disposent d’une relation commerciale ancienne, mais encore largement dominée par leurs échanges respectifs avec les États-Unis. Dans une analyse publiée par Exportation et développement Canada (EDC), l’institution appelle à approfondir les échanges et les investissements bilatéraux entre les deux pays, alors que la révision de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) et les tensions commerciales nord-américaines redessinent les stratégies des entreprises.
Le commerce entre le Canada et le Mexique a fortement progressé depuis l’entrée en vigueur de l’ALENA en 1994, puis de l’ACEUM. Pourtant, les deux économies restent relativement peu intégrées l’une à l’autre au regard de leurs échanges avec les États-Unis. EDC estimait ainsi en 2025 que les États-Unis représentaient environ 70% du commerce canadien de marchandises, contre seulement 3% pour le Mexique. Côté mexicain, la part des échanges avec les États-Unis avoisine 60%.
Cette situation pourrait toutefois évoluer dans un environnement commercial nord-américain devenu plus incertain. Dans son analyse, EDC souligne que le Canada et le Mexique doivent renforcer leurs échanges alors que l’ACEUM fait l’objet d’une révision et que les mesures protectionnistes américaines ont déjà affecté plusieurs secteurs. Pour les entreprises des deux pays, l’enjeu consiste notamment à diversifier leurs débouchés et à renforcer les chaînes d’approvisionnement régionales.
L’industrie automobile constitue l’un des principaux exemples de cette complémentarité. Le Mexique est le deuxième marché d’exportation du Canada pour les produits automobiles, derrière les États-Unis. Les pièces et accessoires automobiles ainsi que les véhicules destinés au transport de personnes représentent ensemble environ 20% des exportations canadiennes de marchandises vers le Mexique. Dans l’autre sens, les véhicules, pièces automobiles et véhicules de transport de marchandises figurent parmi les principales importations canadiennes en provenance du Mexique.
Au-delà de l’automobile, plusieurs secteurs pourraient offrir de nouvelles possibilités aux entreprises canadiennes. EDC identifie notamment les mines, l’énergie, les infrastructures, l’industrie pharmaceutique, l’aéronautique et la chimie comme des domaines dans lesquels les investissements et les transferts de technologies canadiens pourraient contribuer au développement de capacités industrielles mexicaines. L’organisme souligne également le potentiel du Mexique pour les exportateurs canadiens dans la fabrication avancée, les technologies propres, l’agroalimentaire et les technologies.
La question des investissements occupe ainsi une place croissante dans la relation bilatérale. Le Mexique était déjà en 2025 le huitième pays de destination des investissements directs canadiens à l’étranger, avec environ 66 milliards de dollars canadiens investis au Mexique. Le gouvernement canadien indique également que les échanges de marchandises entre les deux pays ont atteint 62,4 milliards de dollars canadiens en 2025, faisant du Mexique le troisième partenaire commercial du Canada après les États-Unis et la Chine.
La Chambre de Commerce du Canada au Mexique (CANCHAM) constitue dans ce contexte un relais important pour les entreprises canadiennes présentes ou souhaitant s’implanter sur le marché mexicain. Son implication dans le secteur minier illustre notamment les possibilités de coopération entre les deux économies, alors qu’EDC estimait que plusieurs milliards de dollars de projets miniers canadiens au Mexique restaient en attente en raison de contraintes réglementaires. Le renforcement du dialogue entre entreprises peut donc accompagner les investissements au-delà des seuls échanges de marchandises.
Pour EDC, le développement du commerce canado-mexicain pourrait également contribuer à la stratégie industrielle du Mexique, notamment dans le cadre du Plan México, qui vise à accroître la production nationale, réduire certaines dépendances aux importations asiatiques et renforcer les chaînes de valeur nord-américaines. Dans ses perspectives pour 2026, EDC estime cependant que la croissance mexicaine restera modérée à court terme, avec une progression attendue de 0,9% cette année avant une accélération à 2,1% en 2027 et 2028.
La relation Canada–Mexique entre donc dans une phase où la diversification des échanges prend une importance particulière. L’ACEUM continue de fournir le cadre commercial commun, mais les entreprises disposent encore d’un potentiel important pour développer les échanges directs entre les deux marchés. Pour les Chambres de Commerce et les organismes d’accompagnement comme EDC, l’enjeu est désormais de transformer cette proximité géographique et ce cadre commercial en davantage de partenariats industriels, d’investissements et de débouchés pour les entreprises canadiennes et mexicaines.

























