
Alors que les incertitudes commerciales avec les États-Unis poussent Mexico à diversifier ses partenariats, la France entend approfondir ses relations économiques avec le Mexique. À l’occasion des 200 ans de leurs relations commerciales, Paris mise sur la modernisation de l’accord entre l’Union européenne et le Mexique et sur le renforcement des investissements croisés pour ouvrir de nouvelles perspectives aux entreprises des deux pays.
La France souhaite faire du Mexique un partenaire économique de premier plan dans les Amériques. Le 29 septembre 2026, lors de la présentation du rapport économique France-Mexique 2026, Nicolas Forissier, ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, a appelé à intensifier les échanges bilatéraux. Cette ambition intervient dans un contexte de tensions commerciales internationales, alors que le Mexique reste fortement dépendant du marché américain et cherche à sécuriser ses débouchés ainsi que ses chaînes d’approvisionnement. Paris défend, de son côté, un commerce international fondé sur des règles communes et une diversification des partenariats.
Les relations économiques entre les deux pays disposent déjà d’une base solide. Selon la Direction générale du Trésor, les échanges commerciaux bilatéraux ont atteint 7 milliards d’euros en 2025, en hausse de 2,5% sur un an. Les exportations françaises vers le Mexique ont progressé de 3,8%, à 4,1 milliards d’euros, tandis que les importations en provenance du pays latino-américain ont augmenté de 0,7%, à 2,9 milliards d’euros. L’excédent commercial français s’est ainsi établi à 1,2 milliard d’euros. Le Mexique est devenu le premier client de la France en Amérique latine, devant le Brésil.
L’aéronautique et l’industrie pharmaceutique constituent les principaux moteurs des exportations françaises. En 2025, les ventes de produits de construction aéronautique et spatiale au Mexique ont atteint 920 millions d’euros, en progression de 55,1%. Les exportations pharmaceutiques se sont élevées à 582 millions d’euros, en hausse de 11,7%. Les parfums, les cosmétiques, les produits d’entretien et certaines filières agroalimentaires contribuent également à l’excédent français. Ces résultats illustrent les possibilités de développement pour les entreprises françaises positionnées sur des produits à forte valeur ajoutée.
La présence économique française au Mexique dépasse toutefois les seuls échanges de marchandises. Environ 700 entreprises françaises y sont implantées, dont la grande majorité des grands groupes nationaux. Selon le rapport présenté par l’ambassade de France et relayé par Mexico News Daily, ces entreprises soutiennent environ 215 000 emplois directs. Les investissements français cumulés au Mexique entre 2006 et 2025 ont atteint 13,6 milliards de dollars, soit environ 11,7 milliards d’euros au taux de conversion indicatif de 0,86 euro pour un dollar. Plus de la moitié des entreprises françaises interrogées déclarent par ailleurs réaliser plus de la moitié de leurs achats auprès de fournisseurs mexicains, signe de leur intégration dans le tissu productif local.
La modernisation de l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mexique pourrait donner une nouvelle impulsion à cette relation. Signé le 22 mai 2026, le nouvel accord vise notamment à faciliter les échanges, à améliorer l’accès aux marchés des services et des investissements et à ouvrir davantage les marchés publics. Selon Mexico News Daily, le dispositif prévoit la suppression des droits de douane sur 99% des produits échangés entre les deux partenaires. Sa mise en œuvre doit toutefois être distinguée de sa signature : les modalités d’application dépendent des procédures juridiques et institutionnelles nécessaires. Pour les entreprises, cet accord pourrait réduire certains obstacles commerciaux et élargir les possibilités d’accès aux marchés européens et mexicains.
Dans ce rapprochement, les Chambres de Commerce et d’Industrie ont vocation à faciliter les relations entre les entreprises, à soutenir leur prospection et à identifier des partenaires locaux. La Chambre de Commerce et d’Industrie Franco-Mexicaine, qui accompagne les échanges entre les deux économies, constitue un relais pour les sociétés souhaitant s’implanter, développer leurs ventes ou nouer des partenariats industriels. Cette coopération entre acteurs économiques est particulièrement importante pour les PME et les entreprises de taille intermédiaire, qui disposent souvent de moyens plus limités pour appréhender les réglementations, les pratiques commerciales et les réseaux de distribution d’un marché étranger.
Les chaînes d’approvisionnement constituent un autre axe stratégique. Nicolas Forissier a notamment souligné l’importance de sécuriser l’accès aux minerais critiques et aux terres rares, devenus essentiels à plusieurs industries et technologies. Le Mexique représente pour les entreprises françaises une porte d’entrée vers les marchés américains, tandis que la France peut servir de plateforme aux entreprises mexicaines souhaitant accéder à l’Union européenne, mais aussi à l’Afrique du Nord, à l’Afrique subsaharienne et au Moyen-Orient. La diversification recherchée ne signifie donc pas nécessairement un retrait du marché américain, mais une réduction de la dépendance à un nombre limité de partenaires.
À l’occasion de ces deux siècles de relations commerciales, Paris et Mexico cherchent ainsi à transformer une relation économique déjà établie en un partenariat plus diversifié. La progression des échanges, la présence de groupes français au Mexique et la modernisation du cadre commercial européen offrent des leviers concrets. Le défi sera désormais de traduire ces opportunités en nouveaux investissements, en contrats et en débouchés pour les entreprises des deux pays, tout en tenant compte de l’évolution des règles commerciales en Amérique du Nord et à l’échelle internationale.
























