
Alors que l’Argentine et le Chili relancent leur coopération minière autour de projets représentant plus de 20,7 milliards de dollars d’investissements potentiels, la Chambre de Commerce Chili-Argentine appelle à préserver la stabilité des relations bilatérales. Son Président, Charles Kimber, souligne l’importance de la coopération entre entreprises pour transformer les ressources minières, les infrastructures et les compétences des deux pays en débouchés économiques durables.
La coopération économique entre l’Argentine et le Chili entre dans une nouvelle phase, portée notamment par le développement de grands projets miniers dans la cordillère des Andes. Dans ce contexte, la Chambre de Commerce Chili-Argentine a appelé les autorités des deux pays à préserver les relations commerciales et institutionnelles construites au fil des décennies. Dans une tribune publiée le 27 octobre 2026, son Président, Charles Kimber, et son vice-président, Alejandro Larrive, ont mis en garde contre les discours de défiance susceptibles de fragiliser les échanges bilatéraux.
Pour les dirigeants de la Chambre, l’enjeu dépasse les seules relations diplomatiques. Les deux pays disposent de ressources et de capacités industrielles complémentaires dans plusieurs secteurs, notamment la mine, l’énergie, les infrastructures, le commerce et la logistique. La coopération entre entreprises, fournisseurs et prestataires de services peut ainsi favoriser l’accès à de nouveaux marchés, soutenir l’investissement et créer des emplois. La Chambre entend défendre cette logique d’intégration économique, qui peut progresser grâce aux initiatives des acteurs privés, même lorsque le contexte politique se tend.
La relance du Traité d’intégration et de complémentarité minière, signé en 1997, illustre ces perspectives. En juillet et août 2026, les deux pays ont repris leurs travaux bilatéraux et approuvé des protocoles opérationnels concernant plusieurs projets situés dans les zones frontalières, notamment Vicuña, NexoAndino et Filo del Sol. La coopération doit faciliter le développement de gisements transfrontaliers et permettre une meilleure utilisation des infrastructures, des équipements et des services disponibles de part et d’autre des Andes. Selon les estimations présentées par les autorités chiliennes, le portefeuille de projets concernés représente plus de 20,7 milliards de dollars d’investissements potentiels. Cette somme correspond toutefois à des projets envisagés et non à des investissements intégralement engagés.
La province argentine de San Juan concentre une partie importante de ces perspectives, en particulier autour du district de Vicuña, qui comprend les gisements de Josemaría et de Filo del Sol. Pour les entreprises, le développement de ces projets pourrait générer des besoins en ingénierie, en maintenance industrielle, en transport, en équipements et en solutions technologiques. Les opérateurs pourraient également tirer parti de certaines infrastructures chiliennes, notamment portuaires et logistiques, afin de faciliter l’acheminement des matériels et l’exportation des minerais. L’intégration doit ainsi permettre de dépasser la seule extraction pour développer des chaînes de valeur régionales.
Cette dynamique soulève néanmoins des questions sur la répartition des retombées économiques. En Argentine, des représentants d’entreprises et de PME de San Juan s’inquiètent des différences de coûts opérationnels susceptibles de favoriser les prestataires chiliens, notamment dans le transport, la location d’équipements et les services techniques. Le développement des projets devra donc s’accompagner de conditions permettant aux fournisseurs locaux d’accéder aux marchés. La création de partenariats entre entreprises des deux pays, l’implantation locale de sociétés et la formation de la main-d’œuvre figurent parmi les pistes évoquées pour renforcer la participation des économies régionales.
Au-delà du secteur minier, les échanges commerciaux confirment l’importance du rapprochement bilatéral. Selon la Sous-Secrétairerie chilienne des Relations économiques internationales (SUBREI), le commerce entre les deux pays a atteint 7,93 milliards de dollars en 2025, contre 3,93 milliards en 2020. L’Argentine exporte notamment vers le Chili du pétrole brut, du gaz naturel, du maïs et des véhicules commerciaux, tandis que le Chili fournit des produits manufacturés, des produits agricoles et des services. Les échanges énergétiques et les projets d’infrastructures complètent cette relation économique, qui offre des perspectives de coopération au-delà des matières premières.
Dans ce contexte, la Chambre de Commerce Chili-Argentine souhaite contribuer au maintien d’un environnement favorable aux échanges et aux investissements. Son intervention consiste notamment à porter la voix des entreprises, à encourager le dialogue entre les acteurs économiques et à défendre la continuité des relations commerciales face aux tensions politiques. Pour Charles Kimber et Alejandro Larrive, la confiance entre les deux pays constitue un acquis économique qu’il convient de préserver. La réussite de l’intégration minière dépendra désormais de la capacité des gouvernements et des entreprises à convertir les projets annoncés en investissements effectifs, en partenariats industriels et en retombées concrètes pour les territoires des deux côtés de la cordillère.
















